07
Dec

Elie Benchetrit

 

« Le 7 octobre restera comme l’un des jours les plus noirs d’un État qui a pourtant connu son lot de jours les plus sombres. Toute la stratégie suivie par Israël pour sa défense est mise à l’épreuve par la barbarie de ses ennemis » Luc de Barochez (éditorial du Magazine Le Point du 12 octobre 2023.

 

1-L’horreur

Je me permettrais d’ajouter ceci : que solidaire de l’État d’Israël, c’est l’ensemble du peuple juif à travers le monde qui s’est réveillé ce chabbat de fête, agressé et meurtri à son tour par un sentiment indicible d’angoisse existentielle devant la cruelle barbarie des assassins du Hamas. Ceux-ci se sont livrés à un véritable pogrom sur des citoyens Israéliens, hommes, femmes, vieillards et même des bébés, tuant, violant, mutilant et détruisant tout ce qui se trouvait sur leur sinistre passage.

 

Malgré les déclarations des belles âmes de la gauche mondiale pour qui le terme terroriste manquait à leur vocabulaire et des manifestations spontanées de « soutien au peuple palestinien » ces « progressistes de pacotille » osent clamer, sans peur du ridicule, qu’ils ne sont pas antisémites mais antisionistes. Cette attitude porte un nom, l’antisémitisme décomplexé. Le ridicule n’ayant jamais tué personne on put même apercevoir parmi les vociférations d’une manifestation anti-israélienne à Montréal, les incontournables idiots de service de l’obscur groupuscule « Palestiniens et juifs Unis » Quel juif qui se respecte, religieux ou laïque, aurait osé joindre sa voix à celle d’une foule célébrant « les actes de résistance des combattants palestiniens contre les crimes d’Israël »? Ces tristes individus savent pertinemment qu’ils ne risquent rien. Ce ne seront pas des juifs qui iront les menacer. Je n’ose pas imaginer le sort qui serait réservé à un arabe palestinien qui aurait porté une pancarte favorable à Israël lors d’une manifestation.

 

Nous le voyons tous les jours avant, pendant et sûrement demain, que ces gens là sont également complice des massacres de 1400 civils et de la prise d’otages de 220 civils. Là où il y a des juifs et même là où il n’y en a plus, une haine viscérale se manifeste de façon de plus en plus ouverte envers eux. Nous le voyons en Europe et aux États-Unis. La page couverture du magazine Le Point avait pour titre : « Attaqués en Israël, menacés en France : La Haine des juifs».

 

2-Les prises de position des médias.

Je voudrais évoquer dans cet article les réactions biaisées de la plupart des médias un peu partout à travers le monde et bien sûr chez nous, ici au Canada. Le cas du pseudo bombardement d’un hôpital à Gaza par Tsahal est édifiant. Sans attendre les conclusions des analyses balistiques et des vidéos venant, ironie du sort, de médias arabes comme Al Jazira, la chaîne Qatarie et Al Arabiya de l’Arabie Saoudite qui évoquaient la probabilité d’un mal fonctionnement d’un missile du Hamas destiné à Israël et retombé sur le parking de l’hôpital certains médias pointaient du doigt Israël. Malgré l’enregistrement, rendu public par Israël, de 2 opérateurs du Hamas laissant entendre que le missile en question n’avait pas été tiré par Israël. Le mal était fait et les foules en colère au Caire, à Amman, à Bagdad et Rabat accusaient encore Israël de tous les maux. Les vidéos passaient et repassaient en boucle sur les réseaux de Radio Canada et de LCN en donnant le chiffre de 500 morts, (gonflé à dessein) avec bien sûr des images des victimes morts et blessés. Et toujours cette comptabilité macabre comme s’il s’agissait d’une compétition sportive, le gagnant étant celui qui comptait le plus de victimes dans son camp, l’autre en l’occurrence Israël, demeurait le méchant perdant.

 

Toujours à propos des médias, j’aimerais pour la petite histoire, vous raconter un fait vécu le lendemain du 7 octobre. Vers huit heures du matin, je reçois un appel sur mon portable d’une recherchiste de Radio Canada, me demandant si je souhaitais en tant que juif montréalais de livrer mes impressions lors de l’émission de Mme Céline Galipeau, à la suite de l’attaque du Hamas. J’ai accepté, pensant que c’était une excellente occasion de témoigner non seulement en tant que juif mais en tant qu’être humain de l’horreur que j’avais ressenti devant le carnage qui avait eu lieu et dont on ne connaissait pas encore le chiffre exact des victimes. Rendez-vous fut pris à 11h pour que je sois prêt sur mon ordinateur où l’on devait m’envoyer le lien me permettant d’être en direct avec Mme Galipeau. Mon intervention devait avoir lieu à 11h15. À 11h précise la connexion était établie et je pouvais voir sur l’écran l’animatrice poser des questions à un chercheur d’origine algérienne, membre de la Chaire Raoul Dandurand et professeur au Collège militaire Royal de Toronto, qui analysait la situation à travers une grille propalestinienne, ce qui était son droit le plus absolu. À 11h 15 il avait encore la parole et Mme Galipeau continuait de lui poser des questions, 11h 20 idem, 11h25 pareil et puis une voix off m’avertit que le temps qui m’avait été imparti avait été utilisé et que je pouvais fermer mon ordinateur car je ne passerais plus à l’émission faute de temps. Le tout sans un petit mot d’excuse. J’ai appelé la recherchiste qui m’avait contacté le matin pour lui rapporter cet incident et elle s’est confondue en excuses en m’assurant qu’elle n’était pas au courant de ce qui s’était passé. Je lui ai dit d’enlever mon nom de la liste de Radio Canada en tant que personne-ressource. J’ai écrit à l’Ombudsman de Radio Canada pour l’informer de ma mésaventure, celui-ci m’écrivit quelques heures après pour me dire que ma plainte n’était pas de son ressort et qu’il transmettait ma lettre au Directeur de l’information. J’attends et je suis sûr, comme le dit la chanson, que j’attendrai toujours sa réponse.

Quelques jours après je reçois un appel d’un autre recherchiste de Radio Canada me demandant si je voulais participer à une émission toujours sur le conflit à Gaza avec d’autre intervenants. J’ai voulu connaître les noms de ceux-ci, et je ne vais pas les révéler ici, l’un d’eux m’était inconnu, le recherchiste m’a dit qu’il avait séjourné plusieurs fois dans la bande de Gaza. L’autre est quelqu’un que l’on présente comme un « spécialiste » du Proche Orient et qui n’est ni historien, ni politologue mais tout simplement militant de la cause palestinienne comme tant d’autres, suivez mon regard, qui ont un droit de cité permanent à Radio Canada et ailleurs et qui sur un ton de celui qui possède la science infuse, nous abreuve de contrevérités frisant parfois une méconnaissance totale des faits. Je n’en dirai pas plus, j’ai mon voyage comme on dit ici au Québec.

 

3-La réaction et le silence de beaucoup de ceux et celles qui se disaient être nos « amis »

Il faudrait un article entier pour exprimer, et je ne suis pas le seul dans ce chapitre, plus qu’une colère, une triste et amère déception. Jai depuis l’âge de raison milité à gauche pour le dialogue et pour la paix non seulement entre Israéliens et palestiniens mais aussi entre juifs et musulmans, pour les droits des minorités et bien d’autres causes humanitaires. En tant que juif je suis fier de mes valeurs dont le Tikoun Olam, la réparation du monde, n’est pas la moindre. Je suis contre les injustices et la violence faite aux plus faibles quelque soit leur couleur de peau ou leur religion. J’ai été élevé dans ma ville natale, Tanger, dans un milieu où nous étions avant tout des amis nonobstant nos différences. Ici à Montréal j’ai œuvré avec mon ami et président de la Fédération Sépharade du Canada, Avraham Elarar, au sein du Groupe Mémoire et dialogue. Sous sa conduite je me suis impliqué avec la meilleure volonté du monde dans tous les projets qui visaient à la reprise des relations solides entre marocains juifs et musulmans. Ensemble nous avons salué la reprise des relations diplomatiques entre Israël et le Maroc dans le cadre des Accords d’Abraham. Tout ceci sans arrière-pensée, tout simplement mu par le besoin de se parler et de bâtir des ponts. Voir mourir des enfants quelques soit leur nationalité m’est insoutenable, je suis père et grand-père et la vue d’enfants Israéliens, Palestiniens, Ukrainiens, Arméniens ou Afghans, me révolte. Alors pourquoi ces silences assourdissants de mes amis et amies marocains et bien sûr québécois de qui j’attendais un mot d’empathie dans ces moments de tristesse infinie devant la barbarie à laquelle nous avons été confrontés le Chabbat du 7 octobre dernier. Tahar Ben Jelloun, Prix Goncourt de littérature a eu cet immense courage de dénoncer ces crimes. Par ce geste courageux où il déclarait dans le Magazine Le Point : « Le 7 octobre, la cause palestinienne est morte assassinée ». Quatre de mes amis et amies marocains musulmans m’ont fait part de leur émotion et de leur dégout devant ce massacre. Un autre, m’a écrit spontanément pour me dire qu’il ne trouvait pas les mots pour exprimer son horreur. Je ne dirai pas leurs noms, qu’ils sachent s’ils lisent ces lignes qu’ils restent gravés dans mon cœur à tout jamais.

 

« Le terrorisme est une arme vicieuse qui dénature la guerre pervertit la justice et détruit la politique au nom de la politique » Albert Camus

 

4-Une étincelle d’espoir

Cet article écrit le 23 octobre paraîtra à Hannouka, fête des lumières, bien de semaines après les ténèbres qui se sont abattues sur nous le 7 octobre. Je voudrais en guise de conclusion, finir sur une note d’espoir afin de percer avec un brin de lumière un ciel obscurci par la haine meurtrière des assassins. J’ai connu alors que j’étais au Maroc, en 1956, l’inquiétude ressentie par ma communauté lors de la Campagne de Suez, l’angoisse lors de la guerre de 6 jours alors que j’étais volontaire au Kibboutz Karmiya près d’Ashkelon, la stupeur lors guerre de Yom Kippour alors que je priais dans la grande Synagogue d’Amsterdam, et j’ai assisté pendant tous ces évènements à cet élan incomparable d’unité du peuple juif envers

 

Israël, le seul État juif au monde. Nous avons et nous aurons toujours en tant que peuple, cette capacité de nous tenir ensemble malgré nos différences et nos divergences politiques. Israël est toujours sorti victorieux face aux guerres qui lui furent imposées. Unis, nous le resterons toujours face à l’adversité car cet hymne à l’espoir, l’Hatikvah, vibre au fond de chacun de nous tout au long de notre histoire millénaire.

Am Israel Haï.

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